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Une interview avec Klaus-Heinrich Standke, Président du Comité pour la coopération Franco-Germano-Polonaise

Il y a 20 ans environ, le 29 août 1991, à Weimar, les ministres des affaires étrangères français (Roland Dumas), allemand (Hans-Dietrich Genscher) et polonais (Krzysztof Skubiszewski), rendaient publique la « Déclaration commune des ministres des affaires étrangères de France, de Pologne et d’Allemagne à l’occasion de leur rencontre ». Cette déclaration avait pour objectif de créer un mécanisme commun de coopération et de consultation, appelé « Triangle de Weimar », afin d’approfondir la collaboration entre les trois pays.

Or, justement au regard de la situation actuelle de crise, semble s’imposer la question de la réalité du rôle de ce mécanisme au sein de l’Union européenne ou, à tout le moins, quel rôle il pourrait y jouer.

20 ans après la création du Triangle de Weimar, un de ses protagonistes - la Pologne - exerce la présidence du Conseil de l’Union européenne. A cette occasion, le professeur Klaus-Heinrich Standke, Président du Comité pour la Coopération Franco-Germano-Polonaise (« Triangle de Weimar ») a bien voulu répondre à quelques questions :

Au début de l’année, les gouvernements semblaient vouloir donner un nouvel élan au Triangle de Weimar. Pourtant, force est de constater que le bilan de la conférence organisée à Munich fin juin 2011, lors de son 20ème anniversaire, est plutôt mitigé (1). Aussi, croyez-vous que la présidence polonaise du Conseil de l’Union européenne pourrait insuffler une nouvelle énergie au Triangle de Weimar ? Ce dernier n’était même pas mentionné dans le programme de la présidence.

M. Standke : C’est l’inverse : Ce n’est pas la présidence polonaise du Conseil de l’Union européenne qui donnera un nouvel élan au Triangle de Weimar, mais c’est le Président Sarkozy et la chancelière Merkel qui ont assuré leur soutien entier au Président polonais Komorowski pour une présidence polonaise couronnée de succès à l’occasion du « Sommet de Weimar », le 6 février 2011. Les ministres des affaires étrangères Alain Juppé et Guido Westerwelle ont de leur côté formellement renouvelé ce soutien vis-à-vis de leur collègue polonais, Radoslaw Sikorski, lors de leur rencontre le 20 mai 2011 à Bydgoszcz. Ceci valait principalement pour la Politique commune de Sécurité et de Défense, que la Pologne a désigné comme une des priorités de sa présidence du Conseil de l’Union européenne. En revanche, ils n’ont pas fait une déclaration commune concernant l’avenir du Triangle de Weimar lors de l’année anniversaire 2011.

Pensez-vous que le Triangle de Weimar soit un modèle pour gérer la ou les crise(s) actuelle(s) et futures ?

M. Standke : Jusqu’à présent, le Triangle de Weimar ne s’est pas manifesté en tant que mécanisme européen de gestion de crise. Il s’agit plutôt d’un forum pour discuter au niveau trilatéral des sujets qui préoccupent les 24 membres de l’Union européenne de manière plus ou moins intense. Par exemple, la politique européenne de voisinage, c’est-à-dire le voisinage à l’Est mais aussi – particulièrement à la demande de la France – le partenariat au Sud, la Politique commune de Sécurité et de Défense (PESD). A ce sujet, les ministres des affaires étrangères ainsi que les ministres de la défense allemand, français et polonais, ont entrepris, pour la première fois, une démarche commune en décembre 2010 : dans une lettre à la Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, les six ministres ont revendiqué plus d’initiative pour la politique européenne de défense et ont présenté des propositions concrètes dans ce cadre. En revanche, cette démarche commune est restée unique à ce jour. Hans-Dietrich Genscher, un des architectes du Triangle de Weimar, a ainsi récemment déclaré que d’autres situations de l’Union européenne auraient nécessité que Varsovie, Berlin et Paris prennent des initiatives communes. « Une déclaration franco-germano-polonaise notamment sur la crise financière, donnant un point de vue commun, serait un signal
important ».

L’idée des relations franco-germano-polonaise en tant que moteur de l’intégration européenne est-elle encore réaliste, voire actuelle ?

M. Standke : Paradoxalement, le processus de l’intégration européenne se complique au fur et à mesure de l’adhésion de nouveaux membres dans l’Union. Jusqu’au présent, l’Allemagne et la France ont incontestablement été le moteur de l’unification européenne. L’expérience de la Pologne, en tant que plus grand et plus important des nouveaux pays membres de l’UE et troisième partenaire, donnerait certainement un nouvel élan au moteur franco-allemand. A cet égard, il est vrai que de nouvelles initiatives communes, à part celle concernant la PESD déjà mentionnée, n’ont pas encore vu le jour.

Pensez-vous que le Triangle de Weimar représente ou pourrait représenter un modèle de rééquilibrage

- d’un trop grand poids des relations franco-allemandes ou

- de la dégradation persistante des relations franco-allemandes au sein de l’Europe ?

M. Standke : Dès le début, le Triangle de Weimar et donc l’intégration de la Pologne était en effet perçu comme un rééquilibrage de l’influence disproportionnée du tandem franco-allemand sur les questions de politique européenne. En revanche, en aucun cas, le triangle franco-gemano-polonais n’a été conçu en tant que « directoire » pour les autre pays membres de l’UE. Ceci n’est ni souhaité ni réalisable. Cependant, le Triangle de Weimar pourrait servir de modèle pour l’approfondissement des relations entre les peuples européens. Pour ce faire, il conviendrait d’abord d’élargir la coopération intense de la société civile franco-allemand en nouant une relation « d’égal à égal » avec la Pologne. Pourraient en résulter des résultats significatifs pour l’intensification de la coopération des peuples et des états de l’Europe entière, à ce jour largement sous-développée. Les trois pères du Triangle de Weimar ne le revendiquaient ils pas dans leur Déclaration commune il y a 20 ans : « à tous les niveaux et dans toutes les dimensions de l'existence… » ?

Enfin, je tiens à préciser que je ne constate pas une « dégradation persistante des relations franco-allemandes au sein de l’Europe ». En effet, les relations entre les deux pays sont dirigées par des intérêts qui ne sont certes pas figés dans le temps. Mais dans l’ensemble, il faut se féliciter que le « couple franco-allemand » qui fête dans deux ans ses noces d’or, est justement marqué par une stabilité étonnante (2).

Interview réalisée par Henning Meyer

(1) La conférence « 20 Jahre Weimarer Dreieck » (20 ans Triangle de Weimar), le 29.06.2011, à Munich : http://www.hss.de/politik-bildung/themen/themen-2011/20-jahre-weimarer-dreieck.html

(2) M. Standke nous a répondu par écrit à nos questions. L’auteur tient vivement à le remercier ainsi qu’à Philippe Guérin pour la relecture critique de cette traduction.